Registre: Naissance de Maeve Dénéré de Dongenan - Septembre 1457

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Registre: Naissance de Maeve Dénéré de Dongenan - Septembre 1457

Message  Chimera le Jeu 11 Mar - 15:55

Ces pages consignent le rapport exhaustif de la naissance de la fille de Mumia et Chimera Dénéré de Dongenan.

Septembre 1457 - Vannes


Chimera a écrit:Le souffle court, elle fit halte sur le seuil de la porte.
Maudite grossesse qui n'en finissait pas...
Assurément, elle utiliserait à nouveau les plantes de Lastree. Drole d'attitude après les avoir regardées d'un oeil torve pendant bien longtemps.
En voir enfin le bout... retrouver sa mobilité, ses activités... retrouver Mumia...
Ce-dernier, hôte des lieux dans lesquels elle se trouvait, s'était retiré dans son bureau... affaires du juge, ou élections grand ducales... peut-être les deux...
Les votes du parlement lui rendaient progressivement son époux... Le rouge lui monta aux joues à cette seule pensée coupable... et pourtant, l'entendre dire un peu plus tôt qu'il lui consacrerait davantage d'attention l'avait... très égoïstement... enchantée, réconfortée, soulagée...
Elle avait été ravie de voir quel soutien il recevait de la part des maires et des membres de la Table Ronde. Ravie, et terrorisée à l'idée de devoir peut-être et contre toute attente le laisser épouser Breizh en plus d'elle-même. Il était déjà dévoué à sa partie... mais là... là...
Les errances et méditations des jours passés planaient non loin des bordures de son esprit....
Elle secoua la tête. Elle avait ses convictions en ce qui concernait Mumia...
Plus d'incertitudes finalement en ce qui la concernaient elle... le handicap que son lien avec elle pouvait représenter et les potentielles responsabilités... angoisses et insomnies...

Et pourtant! Malgré toute cette agitation, le petit locataire qui l'habitait semblait vouloir prolonger la durée de son bail -sourire en se remémorant les mots de Lastree. Elle avait dépassé la date du terme, c'était une quasi-certitude... situation qui lui avaient valu les regards inquiets de Lastree et Mumia...
Rester calme, et lui laisser choisir son heure? Au début oui, mais la future marraine qui prenait déjà son rôle très au sérieux avait su faire en sorte de hâter la date de sa rencontre avec le petit être qu'elle nommait déjà sa filleule. Danger pour elle et pour l'enfant de demeurer ainsi trop longtemps? Ses maigres connaissances en ovatie ne lui permettaient pas d'en juger...

Elle sourit en entendant la jeune voix d'Eoghann qui parlait à Jepehess dans l'arrière-cour. Ainsi c'était lui qui était de permanence aux côtés de sa mère aujourd'hui. Beilhal et lui s'arrangeaient toujours pour que jamais la maison ne soit vide, au cas où...

Elle se retourna pour refermer la porte derrière...
Le rouge du bas de la houppelande se fit soudain plus sombre...
Cette fois....


La douleur ne fut pas longue à lui vriller les reins, et la verdruis dût s'appuyer au mur pour ne pas s'effondrer. Soutenant son ventre et haussant légèrement la voix, elle parvint à interpeller son fils:


Aedhan! Va chercher ton père s'il te plait...

Elle n'avait pas eu besoin de lui préciser de faire vite... Les réflexes aiguisés par moult révisions mentales de cette situation d'urgence, il en avait abandonné le pauvre étalon dans sa cour et s'était rué à l'extérieur après s'être assuré qu'elle s'en sortait...
Mumia saurait quoi faire... il passerait alerter Lallie et Lastree...
En voilà trois qui seraient soulagés autant que bousculés...
Malgré la douleur de cette première contraction qui la lançait toujours, elle sourit en voyant son blond rejeton filer en vitesse, fuyant le lieu d'un événement qui l'effrayait sûrement tout en filant vers l'accomplissement de sa mission
...

Mumia a écrit:Il s'était retiré dans son bureau de Vannes pour finaliser quelques verdicts qu'il rendrait sans nul doute tous le même jour. Cela lui évitait d'incessants et épuisants aller-retours entre Vannes et Rennes.
Ainsi pouvait-il rester autant que possible près de son épouse. Chimera l'inquiétait, et il n'était pas le seul. Le petit être qui avait grandi en son sein prenait un peu trop de temps à vouloir respirer le grand air, et il s'inquiétait des possibles néfastes conséquences de cet état de fait lors de la délivrance, tant pour l'enfant que pour sa mère.
Toutes ces pensées l'empêchaient de se concentrer sur ses dossiers.
Il espérait vraiment que les décoctions que Lastree avait préparées allaient donner un coup de pouce à la nature.
Il en était là de ses réflexions quand la porte de son bureau s'ouvrit brusquement, à la volée.
Un jolie tête blonde, le visage rougit par l'effort, bondit dans la pièce.
Il allait lui faire les remontrances d'usage sur sa façon de pénétrer dans l'antre de son père, quand il put lire la gravité sur son juvénile visage. Il comprit tout de suite :


Eoghann, que se passe-t-il ?

Le petit homme peinait à reprendre son souffle, tant l'effort qu'il avait fourni pour arriver le plus rapidement possible avait du être colossal

Ma...Maman...le...bébé...arrive...

Il blêmit...le moment tant attendu et, depuis quelques jours, tant redouté, était enfin arrivé. Il savait Lallie occupée dans son bureau à la mairie, et savait que Lastree passait le plus clair de son temps en taverne, à accueillir les nouveaux arrivants. L'une étant sur le chemin de l'autre, il décida de se rendre d'abord à la taverne municipale.

Merci mon chéri...rejoins maman et vois si elle a besoin de quoi que ce soit. Je suis fier de toi...va !

Puis lui même prit la direction de la taverne, dont il ouvrit les portes à la volée

Lastree...c'est le moment, venez vite !

Lastree a écrit: [Dans la taverne ...]


Éméchée?
Pas le moins du monde! Une fille de la forêt ne buvait que de l'eau ... enfin la plupart du temps.
Lasse de se battre avec la syntaxe et les métaphores douteuses qu'elle tentait d'utiliser pour la rédaction d'une lettre d'accueil type, qu'elle destinait à la critique de ses confrères, Tribun de Breizh, elle avait finit par chasser loin d'elle vélins et plumes, poussant un grognement à mi-chemin entre désespoir et frustration.

Alors, comme cela lui arrivait de plus en plus souvent depuis sa rencontre avec l'actuel Tribun de Vannes, elle sortit la flûte qu'elle s'était confectionnée dans un morceau de corne et se mit à jouer. La mélodie d'abord hésitante, pris peu à peu de l'assurance et enfla jusqu'à lui emplir les oreilles et la tête de félicité et de joie. Sans même s'en apercevoir, elle se leva et se mit à danser autour des tables, faisant s'écarquiller les yeux du tavernier qui n'avait pas l'habitude de la voir agir de la sorte.

C'est ainsi que Mumia la trouva.

S'aperçut-il seulement de son manège? Il est fort probable que non et la dernière note mourut sur les lèvres de la jeune femme qui mis quelques minutes avant d'assimiler l'information ...


"Lastree ... C'est le moment, venez vite!"

Interdite, elle regarda son roux parrain sans trop y croire, depuis des jours déjà Chimera s'amusait à lui faire croire que le travail commençait, était-elle encore en train de la taquiner?
Mais la mine de Mumia, son air échelé et son attitude empressée la convainquirent que l'heure était enfin venue.

Elle hocha la tête, s'empara de sa gibecière, qui depuis des jours contenait tout ce dont elle avait besoin pour l'occasion, et lança à l'adresse de son parrain un
"J'y vais ..." aussi sobre qu'efficace qu'elle assortit d'une légère pression de sa main sur son épaule pour le rassurer.

[Au numéro 1 de la venelle de la tour trompette ... ]


Chemin faisant, elle avait eut le temps de se composer un visage serein qui se voulait détaché, et c'est en souriant qu'elle s'adressa au fidèle Bielhal qui guettait probablement son arrivée.
Avec la sobriété qui le caractérisait, il la conduisit devant une porte close qu'elle poussa sans oublier de lui adresser un sourire de reconnaissance.
Les rideaux avaient été tirés et la faible lumière qui éclairait la pièce fit grimacer la sauvageonne qui lança d'une voix qui se voulait enjouée:


"Par la mère!: On est pas une veillée funèbre! Ouvrez-moi ces rideaux qu'on y voit quelque chose!"

Son entrée fit sursauter une jeune servante et le jeune Eoghann qui veillait sa mère se retourna brusquement. Elle lui sourit ... mélange de fierté de le voir si grand déjà alors qu'elle l'avait vu faire ses premiers pas et pincement au cœur au souvenir de Maïa qui devait avoir bien changée elle aussi ...
Elle s'approcha du lit et froissa les cheveux de l'enfant pendant que son regard se posait sur Chimera.


"Ne t'inquiètes pas mon grand ... tout va bien se passer ..."

Eoghan a écrit: Je regarde ma mère, que j'ai eu le temps de soutenir jusqu'à son lit. Elle est pâle comme la mort. Une telle pâleur sur un visage déjà immaculé de nature me terrorise. Un peu plus et l'observateur inverti la prendra pour une des terribles Banshee qui viennent
Enfin mieux vaut être une banshee que celui qui entend leur cri, pour sûr...

Je ne sais pas quoi faire... Je crois savoir que les enfants ne sont pas autorisés à assister à ce genre d'événements. Et pourtant je suis curieux... curieux de comprendre ce que c'est une naissance... curieux aussi de comprendre comment moi je suis né.

Je commence à comprendre les choses de la vie, et le rouge me monte aux joues alors que je me demande si c'est dans ce même lit que l'enfant qui va naître a été conçu.
Moi, j'ai été fait aux abords de Bayeux, un soir de Beltane. Maman m'a raconté déjà bien des fois, avec dans les yeux les mêmes flammes que ce soir là sûrement... C'est pour ça qu'elle m'appelle souvent Aedhan, qui veut dire "né du feu".
Malgré ma curiosité, je redoute d'assister à cela... J'ignore encore comment se passe un accouchement, mais le simple fait d'imaginer qu'un bébé va sortir de son corps...

Je sursaute et sors de ma torpeur alors qu'une main se pose dans mes cheveux et les ébouriffe. Je lève le nez pour découvrir Lastree, dont l'arrivée change la donne en mettant fin à cette interminable attente. Elle va savoir quoi faire, et ses paroles rassurantes sont plus que bienvenues.

Je reste planté là, regardant successivement maman et la future marraine, tout en guettant les pas pressés de mon père dans l'escalier, qui ne manqueront sûrement pas de se faire entendre bientôt
...

Lallie a écrit: [ Bureau du maire : entre une pile de parchemin, une choppe d'hypocras vide et quelques soupirs de lassitude]

Impossible de dire si le soleil était haut dans le ciel, ni tout simplement se situer dans la journée. Le regard rivé sur une lettre qu'elle venait de recevoir en provenance d'un bosquet bien caché, elle restait figée en cherchant une réponse la plus naturelle possible pour dissimuler son mal aise. Il fallait faire bonne figure plutôt que de s'affliger et l'alarmer pour un rien. Résigner à mentir une énième fois au blond, elle se contenta d'une réponse évasive quant à son état qui se dégradait un peu ces derniers temps et quelques mots sur Tualenn, son travail. Voilà ça irait très bien comme ça, ça le contenterait sans doute bien assez.

Elle s'empara alors d'une plume en sussota le bout pensivement avant de la laisser glisser sur le parchemin vierge. Quelques lignes seulement suffisaient, inutile de se perdre dans les méandres du détail de toute façon elle n'en avait pas le goût. Son "devoir" ainsi fait, elle plia la missive, la cacheta soigneusement et siffla le colosse qui gardait sa porte.


- Rufus peux-tu porter ça où tu sais ? Bref sourire entendu, puis l'homme de fer reparti si sec sans réclamer son reste. La jeune femme se replongea alors dans sa paperasse, ses soucis et ses colères. Elle ruminait depuis plusieurs semaines déjà, tout allait de travers, les choses lui échappaient peu à peu. Plutôt elle n'avait jamais eut de réelle main mise sur ce qu'elle croyait pourtant maitriser. Le temps passait sans que rien ne change ou ne se meuve, cette inaction lui mettait les nerfs à fleurs de peau.

Elle passa une main sur son ventre, encore une grossesse qui se ferait sans lui, pourquoi fallait-il toujours qu'elle endure ces choses là seule, sans soutient et surtout sans qu'il soit près d'elle ? L'idée de faire passer l'enfant lui avait à nouveau traversé l'esprit. Elle n'avait pas l'intention d'élever seule le moindre mioche, elle n'en avait ni la volonté ni la force et encore moins le courage.

Il lui fallait pourtant détourner son esprit de cette vie conjugale totalement désastreuse et faire marcher sa tête, l'occuper le plus possible pour qu'elle oublie un peu. Cependant, le meilleur remède contre les maux de l'esprit, restait les travaux manuels. Elle irait donc couper un peu de bois dans la soirée...Se défouler contre quelqu'un ou quelque chose lui semblait la seule issue possible contre ce malaise permanent. Il fallait trouver un exutoire au plus vite, faire sortir ce trop plein de rancoeur et de frustration, cette indignation qui lui broyait les entrailles à mesure que les jours s'écoulaient.
D'ici peu elle mettrait en marche ses projets, et maitriserait à nouveau ce semblant de vie qu'elle s'était construite comme un rempart pour se cacher, et tout rentrerait parfaitement dans l'ordre. Pour l'instant la mairie réclamait encore quelques jours de dévouement, après elle serait libre d'entreprendre et mener à bien ces multiples opérations.

Un coup d'oeil en direction de la fenêtre, ce devait être l'après midi, elle n'en savait toujours rien. Nouveau coup d'oeil cette fois en direction de la choppe vide, petit moue maussade avant d'attraper la bouteille et en boire une bonne lampée au goulot. Rien ne valait un hypocras de ce cru là.

Lastree a écrit: [Dans la chambre parentale, au chevet d'une future accouchée ...]


Délaissant l'enfant un instant, Lastree se rapprocha de la tête du lit et pris le poignet de son amie pour sentir son pouls, comptant machinalement les pulsations qui battaient contre ses doigts fins ... Lent et régulier ... juste comme il fallait.
Elle sourit à son amie:


"Combien de temps entre les contractions tu as pu compter?"

Les questions se bousculaient dans sa tête ... Mumia avait dit que ça avait été rapide pour Eoghann, combien de temps leur restait-il? La poche des eaux s'était-elle rompue? Elle allait devoir vérifier l'avancée du travail et se tourna vers le fils de son amie. Les regards inquiets qu'il coulait vers sa mère en disaient long sur l'angoisse qui l'étreignait ... Peur et fascination, le laisser apprendre était tentant mais il était bien trop jeune encore ... L'expérience pouvait être traumatisante, même pour un homme fait ... il allait devoir sortir.
Elle le regarda avec beaucoup de sérieux:


"Dis-moi Eoghann, quel âge as-tu maintenant?"

Il répondit sans se faire prier, bombant le torse avec fierté et elle hocha la tête:

"C'est bien ce que je pensais ... presque un homme déjà .."

Faisant mine de réfléchir elle poursuivit:

"Crois-tu que tu pourrais aider Beilhal à couper du bois pour raviver le feu à la cuisine, nous allons avoir besoin de quantité d'eau bouillante ..."

Petite pause pour constater l'effet de sa demande sur le jeune garçon ...

"Et puis il faudrait donner des consignes pour le linge, il nous en faudra beaucoup et tu es un peu le maître de la maison toi aussi ... Ton père sera trop occupé et les domestiques t'écouteront plus que moi ... Tant de choses à faire et si peu de bras ... Je peux compter sur toi?"

Eoghan a écrit: J'ai huit ans! c'est vrai que je suis presque un homme!
J'emmagasine soigneusement les recommandations et demandes de Lastree, hochant la tête à chaque fin de phrase.
Et je quitte la pièce au pas de course, l'estomac noué et avec dans les yeux une vision du visage maternel grimaçant de douleur sous le coup d'une nouvelle contraction.
Pressé comme je suis, je manque d'entrer en collision avec Nolwenn, la fille du charpentier de St Leger, qui est venue aider à la maison pendant la fin de la grossesse de maman. Elle venait s'enquérir de ce qu'il lui était possible de faire, et je réponds précipitamment à sa muette question... Si précipitamment d'ailleurs qu'elle me demande de répéter plus lentement.
C'est chose faite, elle en profitera, dit-elle, pour avertir Beilhal de sa mission à lui.
Moi, je file...
Couper du bois... D'accord... Il est vrai que Beilhal était parti en couper du bois, ce matin, et qu'il était revenu sans charrette et sans Jepehess! Les récents événements chamboulants ont fait que nul ne s'en est inquiété.
Il en reste sûrement du sec dans le coin de l'écurie où on le stocke. Ca je le sais, et je compte bien mettre cette petite bribe de savoir à contribution.

Avec application, je me charge donc d'une puis deux bûches. J'en essaie une troisième, l'entreprise se solde par un cuisant échec, les trois finissent au sol.
Grimace.
D'accord...
Je fais le choix de l'humilité, ramasse ses deux buches et cours les déposer près de l'âtre. Je recommencerai autant de fois que cela sera nécessaire...
Beilhal, lui, s'occupe de l'eau, tandis que Nolwenn est occupée à rassembler le linge nécessaire.

A chaque voyage, en rentrant dans la maison, je tends l'oreille dès que mes pieds passent le pas de la porte
...

Mumia a écrit: Lastree prévenue, il lui restait à aller voir Lallie avant de rejoindre son épouse. Il espérait arriver à temps. C'est ainsi qu'il se mit à presque courir dans les dédales obscurs de Vannes pour rallier le plus vite possible la mairie.

Arrivé à destination, il monta 4 à 4 les marches qui menaient au bureau de l'édile municipale et ne prit pas la peine de frapper avant d'entrer.

Il trouva, ainsi qu'il le pensait, Lallie attablée à son bureau. Un brin essoufflé, il lui dit :


Chimera...bébé...il arrive...

Et, sans même lui laisser le temps de répondre, il dévalait à nouveau les marches pour se précipiter vers leur maison.

Chimera a écrit: [Dans la chambre désormais éclairée]

Combien de temps... combien de temps?
L'espace d'un souffle lui semblait-il, tant chacune était douloureuse...
Eclair de raison, non, bien sur que c'était plus distant que cela...
Alors qu'une autre lui coupe le souffle, elle ferme les yeux et ne les rouvre que pour voir son fils filer. Ils avaient discuté, en attendant Lastree... Elle avait tenté de lui expliquer un peu, mais c'était si compliqué... Elle devrait lui parler de nouveau, quand tout serait terminé...

Entre deux inspirations, elle sourit doucement a Lastree, espérant qu'il sera suffisamment distinct des grimaces que la douleur lui arrache pour qu'elle comprenne à quel point elle est soulagée de la voir là.


Une quand Eoghann est parti chercher Mumia... Une dans les escaliers en montant jusqu'ici -celle là a été particulièrement dure...- et une à l'instant...

Elle se sentait comme un grossier pachyderme, étendue là dans sa houppelande souillée, avec les cuisses gauchement relevées et la main sous son ventre comme s'il menaçait de se séparer de son corps à l'instant.
Elle avait déjà vécu cela, et pourtant, elle n'en était pas moins perdue et anxieuse. D'une petite voix, elle s'adressa à Lastree, désignant le tissus du vêtement.


Aide moi à l'ôter s'il te plait... elle est trempée...

Lastree a écrit: [Et les choses sérieuses vont pouvoir commencer ...]

Souriante, elle regarda Eoghann quitter la chambre, elle était parvenue à ses fins sans qu'il ne se sente exclu de l'évènement ... Elle se sentait soulagée.

Écoutant les explications de Chimera, elle renversa une partie de l'eau contenue dans une aiguière dans une petite bassine émaillée à laquelle elle ajouta un peu de vinaigre pour se laver les mains. Elle comprit à la dernière phrase de son amie, que la dernière contraction avait permis à la poche des eaux de se rompre ... Le travail en lui-même allait pouvoir commencer et être efficace.

Elle s'approcha de Chimera et lui murmura:


"Je suis là, je vais t'aider ... mais avant, j'aimerais vérifier où nous en sommes et m'assurer que ma filleule va bien."

Elle eut un sourire d'encouragement pour son amie et, posant une main sur son ventre, glissa la deuxième sous sa houppelande attendant la prochaine contraction qui ne tarda pas à venir. Elle tenta d'être le plus douce possible mais elle savait par expérience que l'intrusion qu'elle lui imposait était tout sauf agréable ... Elle retira ses doigts ensanglantés, les cachant à la vue de son amie, affichant une mine satisfaite:

"C'est parfait Chim, la tête est en bas et l'enfant pousse correctement, la dilatation se fait vite, tu ne devrais pas souffrir trop longtemps."

Elle aurait pu lui mentir et lui dire qu'elle ne souffrirait pas du tout mais à quoi bon? Et puis ce n'était pas son premier enfant, elle devait avoir de vagues souvenirs ...
Elle l'aida à se déshabiller et a changer les draps souillés. Puis alla se laver les mains avant de lui enfiler une chemise propre.

Chimera a écrit: Regain de confort. Un détail, mais pas des moindres. Elle avait désormais sur les épaules une étoffe propre et sèche... pour l'instant.

Piètre ovate elle était... terrorisée déjà à l'idée d'assister une femme sur le point d'accoucher, elle se trouvait d'autant plus démunie alors qu'il s'agissait d'elle-même. Fort heureusement, elle n'était pas seule, et avait bon espoir de voir Mumia arriver -avec Lallie, dans le meilleur des cas...

Lastree avait pour l'instant la situation sous contrôle. La future marraine mettait tout en oeuvre pour pouvoir rencontrer au plus vite l'enfant qu'elle nommait depuis déjà quelques semaines au féminin...

L'examen, intrusion qui aurait pu en d'autres circonstances sembler choquante mais presque naturelle alors, la fit néanmoins frémir, où était-ce cette nouvelle contraction qui la crispa de la tête aux pieds?

Des paroles rassurantes...
Un corps engourdi, une tatie sur le pied de guerre...
... et une main angoissée crispée sur le drap
...

Lallie a écrit: Le sang de la rovelaine ne fit qu’un tour à l’arrivée fracassante de Mumia qui était déjà repartie. Elle laissa sa plume et sorti en grand fracas à la suite de l’ex-Dug. Affolée elle fouilla dans sa besace presque inconsciemment, elle n’avait pas grand-chose qui puisse lui permettre d’être vraiment utile en cas de complications de l’accouchement. De toute façon sa demeure n’était pas loin de la tour Trompette et en pressant le pas se ne serait que l’affaire de quelques minutes. Mumia avait déjà déguerpi comme un lapin, il était désormais bien loin devant.

Elle fit quelques foulées pour relier son bureau de maire à la demeure des deux roux. C’est haletante qu’elle s’appuya contre le chambranle de la porte de leur maison, les joues rougies, l’œil aux aguets.

Elle avait été devancée, elle aurait dû s’y attendre Lastree était là. Cette vision l’a refroidie grandement, l’a voilà qui s’improvisait Ovate. A croire que durant la courte période d’enseignement d’Aliéniore, celle-ci c’était métamorphosée en parfait médicastre.

Son regard se détourna alors de celle qui prenait toujours un peu plus sa place, dans quelques domaines que se soit. Eoghann était présent lui aussi, la mine inquiète il tachait de s’occuper pour se rendre lui aussi utile. La jeune femme eut un sourire presque imperceptible, elle était dans la même situation que son filleul.

Elle s’accroupie près de lui et glissa une main un peu rude dans ses boucles blondes. Elle n’avait jamais vraiment su faire preuve de tendresse avec les enfants, à commencer par sa fille, il était donc d’autant plus dur pour la jeune femme, de l’être avec celui qui n’était pas le sien. Pourtant ce geste se fit presque naturellement et elle lui dit à voix d’une voix qu’elle souhaitait douce :


- Dis-moi Eoghann tu as toujours ce talisman que je t’ai offerts à la naissance ? Ta mère en aura sans doute bien plus besoin que toi en ce jour. Vas lui porter…

Toujours accroupie, elle reporta son attention sur la scène qui s’offrait à elle puis lâcha brusquement :

- J’peux être utile ? La voix vibrante, elle se redressa, ses bras raidis le long de son corps, elle se sentait presque de trop.

Mumia a écrit: Il était arrivé peu après Lallie. Il avait dû faire un crochet par la boutique d'un tisserand pour y chercher tout le linge disponible.

Il remercia Lastree et Lallie, d'un sourire, d'être présentes en ce moment. Il se sentait inutile au possible. Ainsi il fit la seule chose qu'il pensa être un peu réconfortante : il s'agenouilla au chevet de son épouse et lui tint tendrement la main, main qui broyait, à intervalles régulières, au gré des contractions, sa propre main. Il ne disait rien, se contentant de lui caresser délicatement la chevelure et d'éponger les gouttes de sueur qui en perlaient.

Il lui déposait aussi de tendres baisers. Il aurait tant aimé souffrir à sa place...

Il jetait par moments des regards interrogateurs aux deux femmes. Comment cela se passait-il ?

Lastree a écrit: Froid soudain, bouffée de haine insupportable et le regard accusateur, méprisant, lui rappelant les paroles proférées en taverne le matin même :

« Tes patientes ! Depuis quand tu t’y connais en médecine ? Aristote fait bien des miracles qu’il t’a faite Ovate d’un claquement de doigts »

La sauvageonne lui aurait bien lancé quelques piques sur la magistrale leçon d’Ovatie qu’elle avait donnée en laissant Tziira se vider de son sang sans rien tenter, mais elle se tu, jugulant une fois de plus sa colère pour se tourner vers Chimera qui seule aurait du compter en cette heure.

Seulement, ce qu’elle lu dans les yeux de son amie lorsque La-Renarde fit son entrée l’anéantit bien plus profondément que les pires insultes …
Elle était soulagée de la voir là, soudain plus détendue, comme si elle avait attendu sa venue tout ce temps pour pouvoir mettre son enfant au monde. Elle compris à cet instant qu’elle ne lui avait jamais réellement fait confiance, que sans doute était-ce pour cette raison qu’elle l’avait placée sous la férule d’un Hencher qui se souciait plus de politique que de former de nouveaux druides.

Quelque chose se brisa en elle et l’évidence de son inutilité à être parmi eux la fit vaciller au point qu’elle dut se retenir au montant du lit pour ne pas tomber. Fermant les yeux un instant, elle trouva néanmoins la force de se diriger vers le puits de science qu’était l’incontournable et irremplaçable rousse et elle lui dit d’une voix lasse et lointaine :


« Ils n’attendaient plus que toi … »

Et sans un regard en arrière, sachant que sa présence était inutile, elle quitta la chambre et la maisonnée.
Dans la cour, elle sorti de sa gibecière la saie blanche quelle plia soigneusement et la remis, ainsi que son bâton de neveziad à Beilhal qui la regardait sans comprendre.
Enfin, elle remonta la grand'rue jusqu'aux portes de la ville et se dirigea vers la forêt sans but …

Chimera a écrit: Pauvre folle que tu es que d'avoir cru qu'un accouchement suffirait à leur faire mettre leur inimitié de côté...
Il lui sembla, en voyant le visage de Lastree changer du tout au tout à l'entrée de Lallie, qu'elle avait fait pis que mieux en sollicitant leur présence à toutes deux. Aucune ne comptait davantage que l'autre, à tel point qu'elle confiait à chacune le soin d'un de ses enfants. Il lui apparaissait désormais que même elle ne pouvait plus constituer ce lien entre les deux femmes qu'elle souhaitait pourtant tant incarner...
Pauvre folle... vraiment...
Lastree ne lui laissa pas le temps de chercher à la retenir. Elle tourna les talons et quitta la pièce avant même qu'elle ai pu esquisser le moindre geste.
Le souffle court, elle murmura, lançant un regard éploré à son époux qui venait pourtant à peine de revenir:


Mumia...
Va... ou Beilhal... mar plij...


Et la supplication de se perdre dans un gémissement de douleur... Elle ne chercha cette fois pas à retenir la progression du petit être qui, après s'être fait longtemps désirer, semblait cette fois décidé à venir au monde.

C'est alors qu'Eoghann, de nouveau entré dans la chambre, vint glisser dans sa main le petit talisman offert par Lallie qui ne le quittait jamais. Le petit blond allait de mission en mission et courut sitôt celle-ci accomplie chercher davantage de bois, fuyant par là-même de nouveau l'étrange scène qui se jouait là...
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Re: Registre: Naissance de Maeve Dénéré de Dongenan - Septembre 1457

Message  Chimera le Jeu 11 Mar - 15:56

Mumia a écrit:Il comprit la supplique de son épouse, se leva et couru à la poursuite de sa filleule. Il la retrouva à l'orée de la forêt vannetaise. Il était essoufflé. Décidément, cette journée était une journée sportive !

Lastree, elle a besoin de vous...ne partez pas je vous prie...
Ne pourriez vous pas mettre de côté, juste aujourd'hui, vos inimitiés ? Faites le pour Chimera, faites le pour nous. Ce devrait être une journée merveilleuse, pas une journée de déchirement.
Et puis s'il y a des complications, votre expérience saura être d'une grande aide...
Je vous en conjure, revenez...



Il avait dit ça avec un regard suppliant.

Lastree a écrit: Elle se retourna de mauvaise grâce mais ne put retenir un sourire en le voyant penché à demi, les mains sur les genoux et soufflant comme comme un bœuf tirant sa lourde charge.

"Hum ..."

Elle se repris bien vite retrouvant ses désillusions et ses doutes et ajouta d'une voix blanche:

"Bien sûr qu'elle n'a pas besoin de moi, elle a la seule personne en qui elle ait confiance à ces cotés, je ferais quoi? Juste lui tenir la main ?"

Oui ... Sans doute étais-ce ce que l'on attendait d'elle, sans doute étais-ce la place qui lui était dévolue et elle était bien arrogante d'en vouloir plus ... Alors, contre toute attente, elle ravala une fois encore sa fierté et se força à calmer les tremblements de sa voix pour s'adresser à lui d'une voix plus douce:

"S'il y a des complications je laisserais faire les experts mais je serais là à vos cotés pour lui tenir la main"

Elle n'avait jamais su résister à ce regard suppliant, elle avait toujours eut pour lui toutes les tendresses, de celles que l'on réservait à un frère. Elle glissa donc son bras sous le sien et lui murmura:

"Allons, je suis une sotte on ne change pas comme ça vous savez bien ..."

Chimera a écrit:Main moite et crispée tordue sur le talisman alors que l'enfant se frayait lentement -n'en finirait-il jamais?- son passage vers le monde.

La verdruis retenait bravement ses cris, mais dût en concéder un lorsque que le petit fit un "pas" plus avant dans sa progression.
Par la mère, quel monstre était-ce pour lui imposer pareille souffrance? Était-il donc muni de cisailles, tailladant inlassablement les chairs qui entravaient son parcours? Assurément, il était désormais résolu à aller dans ce sens. Se mouvait-il de sa propre volonté ou était-il contraint par le corps de sa mère à quitter le cocon?
Divagations...
Pousser... pousser pour hâter l'inéluctable avancée et en finir, malgré sa réticence à s'imposer elle-même la douleur. Quelle dose de masochisme fallait-il pour donner la vie? Quelle dose pour accepter qu'un homme vienne loger là ce petit bout d'amour tellement honni au moment crucial?
La colère aide, tant pis pour la culpabilité de penser ces choses à propos d'un enfant pourtant déjà et depuis longtemps chéri. Tout est bon pour oublier cette torture...

Mumia a écrit:Ils avaient hâté le pas pour revenir rapidement au chevet de Chimera.
Il la vit livide, le visage déformé par une moue de douleur. Elle ne criait pas, ou presque. Cela forçait le respect.

Lallie semblait affairée, attendant chaque contraction. Lui, ne sachant toujours pas quoi faire, s'agenouilla à ses côtés et lui reprit la main. Main presque instantanément broyée. Ne rien dire, ne rien montrer, ne pas se plaindre...

Il savait que la place de l'homme était la meilleure place qui soit dans le processus qui amène la vie. Ainsi il se força à garder le sourire, et continua d'éponger le front de son épouse, qui, en cet instant précis, devait le maudire d'avoir mis dans son ventre ce petit être qui la faisait tant souffrir.

Lastree a écrit:Difficile de trouver sa place, impossible même ...
Un regard qui se voulait rassurant vers son amie ... Est-ce que sa déception était encre visible? Elle espérait que non, la jeune mère avait autre chose à penser.
Une main posée sur l'épaule d'Eoghann, un sourire et ces quelques mots:


"Il est temps que tu sortes jeune homme ... Peut-être pourrais-tu trouver un jouet pour ta petite soeur ..."

Elle s'empressa d'ajouter ..

"Ou ton petit frère bien sur ..."

Elle l'accompagna jusqu'à la porte et la referma derrière lui avant de se poster près de la fenêtre, les épaules crispées et le regard perdu dans le lointain.

Chimera a écrit:Elle ne chercha pas même à retenir celui là...
Il vrilla probablement les tympans de ses infortunés comparses, mais là.... frustration et trop mal...
La main de Mumia faisait bravement front, acceptant sans broncher les sévices de la sienne qui, une fois n'était pas coutume, se faisait tortionnaire. Pas de raison qu'elle soit la seule à souffrir après tout! Pensée égoïste aussitôt regrettée.

Ils étaient là tous les trois, et elle n'en aurait pas voulu moins pour l'assister et la soutenir dans cette épreuve. Le lit conjugal était certes plus confortable que la voiture où Eoghann avait vu le jour, mais à l'heure H, c'était une bien maigre consolation... les douleurs semblent pires lorsqu'on ne peut se plaindre du confort du lieu.
Elle jeta un regard un peu trouble alentour, peinant à saisir exactement ce qui se tramait. En cet instant elle ne pouvait pas... Impossible d'avoir un mot gentil, un regard amical ou de tenter un rapprochement qu'elle savait de plus en plus improbable alors qu'elle était là, crispée de la tête aux pieds, à bout de souffle, avec un marmot en cours de naissance entre les cuisses.

Elle distinguait -entre les gouttes de sueur qui lui obscurcissent la vue- Beilhal et Nolwenn faisant des allers-retours dans la chambre, déposant eau et linges en plus de ceux que Mumia avait déjà ramenés. Préparaient-ils de quoi l'envelopper complètement? Assurément, ils ne manqueraient de rien.

Nouvel élancement douloureux, dos cambré et mâchoires serrées...
Cet enfant n'en finirait donc jamais de naître?

Lallie a écrit: Elle n’aurait pas dû s’étonner de la réaction de la sauvageonne comme elle se plaisait à se faire appeler. Voilà qu’elle se donnait de nouveau en spectacle afin de passer pour l’éternelle victime qu’elle n’avait finalement jamais été. Ce fut à la rousse de pousser un soupire de lassitude. Elle n’eut cependant pas trop l’occasion de fulminer en silence car Chimera poussa un cri si fort, qu’il l’a fit sursauter. L’arrivée de l’enfant semblait imminente.

L’image de Tziira lui revenait subitement en mémoire, le sang, les cris puis les larmes. Son estomac se noua subitement et elle eut bien du mal à réprimer un haut le cœur. Elle ne vit pas Mumia sortir ni Lastree revenir, d’ailleurs elle ne voyait ni n’entendait plus rien. Le visage blême elle s’approcha du lit sur lequel la future mère était étendue, à laisser libre court à sa souffrance.

Elle retroussa ses manches les doigts tremblants, puis troussa un peu plus la chemise de Chimera pour avoir meilleure visibilité. Le col semblait dilaté, la chose se présentait bien, du moins elle tentait de s’en convaincre. Elle regretta amèrement de n’avoir pas sur elle la moindre petites plantes. Fichue tête en l’air !

Après avoir passé ses mains à l’eau chaude pour les nettoyer au mieux, elle jeta un œil à Mumia qui semblait totalement désemparée puis au visage crispé de Chimera. D’une voix lente elle articula :


- Chimera je crois que ça y est…Il va falloir y aller. Le passage est suffisamment ouvert pour laisser passer l’enfant qui ne semble pas vouloir attendre d’avantage. Alors s’il te plaît…aide-moi et pousse de toutes tes forces.

Chimera a écrit:Qui avait dit déjà que dans ces cas là il fallait faire le petit chien?
Quelle idée saugrenue...
Quoique...

La voix de Lallie lui redonna un peu d'énergie, et elle s'appliqua à suivre ses simples conseils...
De toutes manières, ce chemin là était le seul que l'enfant pouvait emprunter, et c'était un voyage à sens unique... Pas question donc de faire marche arrière. Le moyen de se défaire de cet encombrant habitant était bien sûr de le conduire vers la sortie utérusu militari.

Elle poussa donc... encore et toujours. Il lui semblait pourtant bien qu'elle avait passé des jours à pousser, mais encore...

Quand -au bout de combien d'années? Après combien de grimaces, cris plus ou moins étouffés? Combien de litres de sueur et de sang?- quand donc l'enfant finit par se séparer de son corps -ou presque-, elle crut dur comme fer, comme lors de la naissance d'Eoghann, qu'il emportait plus d'une vie avec lui. Non... cela ne tenait qu'à un fil -on ne croit jamais si bien dire- mais, si exsangue,essoufflée et épuisée qu'elle était, elle demeurait hors des griffes de l'Ankou. Une vie pour une vie, ça aurait pourtant été légitime.
Ses propres cris avaient sûrement fait fuir les banshee...

Malgré l'épuisement, c'était désormais un autre cri qu'elle guettait fébrilement...

Mumia a écrit:C'était le moment. Lallie, qui regardait là où il fallait regarder pour reconnaître ces choses là de la vie, elle l'avait dit. Il la croirait sur parole cette fois-ci.

Ce qu'il voyait, lui, c'était les grimaces de douleur qui déformaient le visage généralement impassible de son épouse. La teinte rouge de sa peau, la sueur qui coulait et coulait. Et les linges ensanglantés, que Lallie retirait à intervalles régulières. Durant la guerre il avait vu des choses atroces, mais ça n'était rien à côté de voir la femme que l'on aime souffrir à ce point.

Il était blême, au bord de la rupture. Il se mordit violemment l'intérieur de la joue pour revenir à la réalité et faire ce qu'il pouvait pour soulager l'épreuve qu'endurait sa tendre épouse. Il l'épongea, à nouveau, et lui déposa un doux baiser sur le front, tandis que, conformément aux vœux de Lallie, elle entamait l'ultime poussée, celle de la délivrance pour elle et l'enfant.

Lastree a écrit:Comme tous dans la pièce elle avait entendu les dernières paroles de Lallie et, sans un regard pour cette dernière, essayant de rester le plus neutre possible, elle alla se laver les mains à l'eau et au vinaigre et attrapa un linge propre, prête à recevoir l'enfant.

Elle sourit à Chimera, l'encourageant du regard, se retenant de grimacer avec elle et de souffler pour lui montrer le rythme à adopter ... Elle savait que c'était ridicule mais elle ne pu s'empêcher de retenir sa respiration lorsqu'elle produit un dernier effort pour expulser son tendre fardeau.

Lallie a écrit: - Son crâne je le vois ! Il…Son crâne !

Elle s’était exclamé comme une enfant à la vue du crâne ensanglanté du nourrisson qui tentait de se frayer un chemin jusqu’à la sortie. Douce candeur qui disparue rapidement quand elle se rendit compte de l’état d’hébétude dans lequel elle se trouvait.

- Pousse, souffla-t-elle à mi-voix pour l’encourager, pousse on y est presque…une fois que les épaules seront dégagées se sera quasiment terminé.

La jeune femme déglutit, Chimera tenait bon malgré la douleur qu’elle connaissait bien. Finalement la tête passa, le cou puis les épaules. La vision qui s’offrait à elle était terrible, qu’est-ce qu’un nouveau né pouvait être laid ! Fripé…visqueux…Elle s’en saisit pourtant, délicatement par les épaules et le tira pour le faire sortir.

La chair chaude et poisseuse lui arracha un petit couinement, il était si petit qu’elle avait peur de le briser. Les os étaient encore malléables, d’ailleurs ils le resteraient un bon moment. Il ? Non, c’était plutôt elle… Une fille, Chimera venait d’accoucher d’une petite fille. Lallie d’un geste qu’elle avait vu faire, retourna l’enfant sur le ventre dans sa main et le fessa doucement pour qu’il sorte son premier cri et puisse prendre sa première bouffée d’air. La petite se mit alors à hurler, elle était née.

Ses bras ne tremblaient plus, ils retenaient l’enfant braillant avec fermeté. D’une main elle se saisit du petit couteau qu’elle gardait d’ordinaire dans une des poches de sa houppelande, dissimulé entre les plis. Elle trancha ce qui reliait l’enfant encore à sa mère exténuée puis se tournant vers Lastree elle déposa l’enfant dans ses bras et les linges propre que cette dernière avait en main. Sans un mot, la jeune femme s’empara du cordon tranché et tira pour faire sortir la poche qui demeurait encore dans les entrailles de son amie. Voilà qui ferait le repas des cochons. Elle jeta ensuite la poche dans un seau placé là et s’essuya ensuite les mains avant de lâcher d’une voix empreinte d’émotion…


- C’est finit Chimera…Vous voilà parents d’une petite fille…La rovelaine rabattit la chemise de la nouvelle mère sur son intimité, avant de la recouvrir un peu des draps. Elle se laverait plus tard, pour l’instant il lui fallait du repos.

Sa mission accomplie, l’image de Tzirra demeurait pourtant, pourquoi les choses n’avaient-elles pas été aussi simples pour elle ? Elle constata avec tristesse que la vie était bien fragile et qu’à tout moment elle pouvait être reprise. Son visage s’embua, pourquoi diantre n’avait-elle pas été en mesure de remédier à cette fichue hémorragie ! Pourquoi fallait-il que mettre au monde un enfant demande aussi de sacrifier sa vie ? Une main sur son ventre, la jeune femme se demanda si elle n’aurait pas à faire don de la sienne quand son tour viendrait.

Chimera a écrit:Fini...

Elle avait distingué le mot à travers les protestations vigoureuses de l'enfant.
Toutes deux étaient donc sorties vivantes de cette épreuve là...

Entre ses paupières mi-closes, il lui sembla distinguer un semblant de coopération entre les deux marraines de ses enfants. Elle n'eut pas cru son soulagement capable d'atteindre ce degré.. et pourtant. C'était quelque part d'un second fardeau dont elle était délivrée en cet instant. Si fugace que soit le moment, elle l'appréciait pleinement.

Elle se laissa retomber contre le montant du lit et tourna légèrement la tête pour apercevoir Mumia qui n'avait pas bougé d'un pouce, les yeux désormais rivés sur le petit miracle qu'il avait aidé à concevoir. Sourire fatigué. Sa main s'est enfin apaisée, à tel point qu'elle n'est plus capable du moindre mouvement sans quoi elle aurait pressé doucement la sienne, comme s'excusant auprès de sa compagne de toujours de lui avoir imposé telle torture.
Ainsi Lastree avait vu juste, et Mumia avait désormais le soin de nommer cette petite fille qu'il désirait tant.
Ils en avaient discuté, il savait. Elle porterait le nom de cette grande reine d'Erin... Nombreuses étaient les formes de ce nom, mais toujours il évoquait cette guerrière téméraire au courage et à l'intelligence légendaires. Accorderait-elle sa bénédiction au petit être qui venait de voir le jour?

Chimera ferma les yeux, à bout de forces, et épuisée déjà par la petite qui vociférait. C'était une fin, et ce n'était pourtant que le début...
Il allait lui falloir récupérer rapidement, car ce serait bientôt son premier repas que la merveille tonitruante réclamerait à grands cris.

Quant aux remerciements, ils viendraient...

Mumia a écrit:C'est fini...le petit être avait poussé son premier cri dans ce bas monde, sans doute le plus important des cris qu'il aurait à pousser, même s'il savait que la vie n'était qu'une succession de cris poussés.

Une fille...il sourit à son épouse, qui semblait dorénavant apaisée.

Il lui serra tendrement la main et l'embrassa doucement.


Mesdames, je vous présente Maeve.

Il était fier comme un coq à la vue de ce bel enfant qui aurait, sans nul doute, la beauté rousse de sa maman.

Lastree a écrit: C'est avec une infinie précaution qu'elle reçut le petit être dans ses bras.
Elle lui ouvrit délicatement la bouche pour la débarrasser de la substance blanchâtre qui l'encombrait et ce afin qu'elle puisse respirer plus facilement. Après avoir fait de même avec le petit nez qu'elle aspira doucement, elle la nettoya succinctement avec un linge tout en la frictionnant doucement pour la réchauffer.
Alors seulement elle se permit de lui sourire et de murmurer quelques mots au creux de la si petite oreille.

Elle serra un peu les langes et la déposa enfin contre le sein de sa mère.


"Mesdames, je vous présente Medh."

Petit sourire entendu, le nom n'était plus vraiment un secret pour elle, ni sans doute pour Lallie qui semblait plus éprouvée qu'elle ne l'aurait dû ... la mort de Tziira la hantait-elle plus qu'elle ne voulait l'avouer?
La future marraine se refusa le droit de la plaindre, et pourtant elle savait combien il était douloureux de perdre une mère ou un enfant lorsque le destin avait remis leur vie entre vos mains ...
Elle détourna le regard et se lava les mains avant de se diriger vers la porte pour laisser entrer un Eoghann anxieux et impatient de s'enquérir de la santé de sa mère.

Eoghan a écrit:Les encouragements de ma marraine me parviennent à travers la lourde porte de bois. J'ai rempli ma mission, et n'ai plus désormais qu'à attendre.
Alors j'attends.
Ca semble durer des heures. Peut-être bien que ça dure vraiment des heures.
Je grimace alors que j'entends de temps à autre les manifestations plus ou moins sonores de la souffrance de ma mère.
Puis soudain plus rien.
Pas longtemps...
Je jette un regard un peu paumé à Beilhal alors qu'un cri tonitruant remplace celui qui a marqué l'ultime effort de ma mère.
La voix saisie d'émotion de mon père qui marmonne quelques mots.
Voilà comment, l'espace d'un souffle, je ne suis plus fils unique.

Tout à mes pensées, je sursaute lorsque la porte s'ouvre.
Mes yeux, après avoir cherché silencieusement l'accord dans ceux de Lastree, glissent vers ma mère qui tient contre elle le fruit de tous ses efforts.
Je m'approche doucement. Curieux et conquérant à la fois.
Ben oui, je dois aussi, quelque part, faire savoir à ce petit être qu'il n'est pas le seul à prétendre à leur attention.
Me postant aux côtés de mon père, les mains nouées, tentant au mieux de faire abstraction des linges imbibés de sang que Nolwenn emporte désormais, je détaille à nouveau la petite chose qui s'est emparée du sein maternel.
Fille ou garçon? C'est difficile à dire là comme ça.
Je le saurai sûrement très vite, et il semblerait que j'aie maintenant toute la vie pour me familiariser avec le dernier né de la famille...

D'habitude, j'ai la remarque facile et suis prompt à poser moult questions, mais là...
Silence embarrassé.
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